Tu parles français. Tu arrives au Québec. Et là, tu ne comprends pas la moitié de ce qu'on te dit. C'est normal. Le français québécois a évolué pendant 400 ans, séparé de la France par un océan. Résultat : un vocabulaire unique, un accent chantant et des expressions introuvables dans le Larousse.
Pourquoi le français québécois est si différent ?
Le français est arrivé au Canada au début du 17e siècle avec les colons venus principalement de Normandie, de Bretagne et du Poitou. Après la conquête britannique de 1760, le Québec s'est retrouvé coupé de la France. La langue a continué d'évoluer, mais de son côté.
Le français québécois a gardé des mots qui ont disparu en France (des archaïsmes du 17e siècle). Il a emprunté des termes à l'anglais (normal, quand tu es entouré de 350 millions d'anglophones). Et il a inventé ses propres expressions, souvent imagées et drôles.
Pour approfondir l'histoire du français au Québec, l'Office québécois de la langue française est la référence.
Bonne nouvelle : les Québécois comprennent parfaitement le français de France. Ils ralentiront pour toi si tu le demandes. Et ils adorent expliquer leurs expressions. N'hésite pas à demander « Ça veut dire quoi ? » — c'est souvent le début d'une bonne conversation.

50 expressions québécois
Les mots du quotidien que tu entendras partout
Ces mots reviennent dans toutes les conversations. Tu les entendras dès ta première journée au Québec.
Un dépanneur
Une épicerie de quartier / supérette
« Je vais au dépanneur chercher du lait. »
Un char
Une voiture
« J'ai laissé mon char dans le stationnement. »
Ma blonde
Ma copine / petite amie
« Ma blonde et moi, on part en Gaspésie. » (même si elle est brune)
Mon chum
Mon copain / petit ami (ou ami proche)
« Mon chum travaille à Montréal. »
Une tuque
Un bonnet
« Mets ta tuque, il fait frette ! »
Des bas
Des chaussettes
« J'ai les bas mouillés. »
Un chandail
Un pull / un haut
« Apporte un chandail, les soirées sont fraîches. »
Des souliers
Des chaussures
« Enlève tes souliers à l'entrée. » (très courant au Québec)
Magasiner
Faire du shopping
« On va magasiner sur Sainte-Catherine. »
Pogner
Attraper / prendre
« J'ai pogné un coup de soleil. »
Jaser
Discuter / bavarder
« Viens, on va jaser un peu. »
Icitte
Ici
« C'est icitte qu'on mange. »
Correct
OK / bien / pas de problème
« C'est correct » = « C'est bon, pas de souci. »
La fin de semaine
Le week-end
« On fait quoi en fin de semaine ? »
Bienvenue
De rien / je vous en prie
« Merci ! — Bienvenue ! » (et non pas « welcome »)
Le mot « bienvenue » en réponse à « merci » surprend tous les Français. Ce n'est pas un anglicisme de « you're welcome ». C'est un usage ancien du français qui a survécu au Québec. Tu l'entendras des dizaines de fois par jour.
Au restaurant et à l'épicerie
Commander à manger au Québec peut réserver quelques surprises de vocabulaire. Voici les mots essentiels pour ne pas te tromper.
Le déjeuner
Le petit-déjeuner
Au Québec : déjeuner = matin, dîner = midi, souper = soir
Le dîner
Le déjeuner (repas de midi)
« On va dîner au resto ? » = « On mange à midi ? »
Le souper
Le dîner (repas du soir)
« Le souper est prêt ! » = « Le dîner est servi ! »
Un breuvage
Une boisson
« Tu veux un breuvage ? » au restaurant
Une liqueur
Un soda / une boisson gazeuse
« Une liqueur aux cerises » = un soda aux cerises (pas d'alcool !)
La facture
L'addition
« On peut avoir la facture ? »
Un chien chaud
Un hot-dog
Traduction littérale restée dans l'usage
Du blé d'Inde
Du maïs / des épis de maïs
« On fait cuire du blé d'Inde sur le BBQ. »
Une poutine
— (n'existe pas en France)
Frites + sauce brune + fromage en grains. Le plat national.
Apporter
Emporter / à emporter
« Pour manger ici ou pour apporter ? »
Le piège classique : un Québécois t'invite à « dîner ». Ne te pointe pas à 19h. C'est à midi. Le repas du soir, c'est le « souper ». Cette confusion a causé plus de malentendus que toutes les autres expressions réunies.
Et ne demande jamais une « liqueur » en pensant recevoir un alcool. Au Québec, une liqueur, c'est un Pepsi ou un Sprite. Pour un digestif, demande un « alcool » ou nomme directement ce que tu veux.
Sur la route et en road trip
Tu loues une voiture et tu prends la route au Québec ? Ces mots te seront utiles pour comprendre les panneaux, les indications et les conversations.
Un stationnement
Un parking
« Y'a un stationnement gratuit à côté. »
Une licence
Un permis de conduire
« T'as ta licence ? » = « T'as ton permis ? »
Le gaz
L'essence
« Faut mettre du gaz, le réservoir est vide. »
Un bazou
Une vieille voiture / un tacot
« Son char, c'est un vrai bazou. »
Faire du pouce
Faire de l'auto-stop
« Y'a un gars qui fait du pouce sur la 138. »
Une lumière
Un feu de circulation
« Tourne à droite à la deuxième lumière. »
Une bretelle
Une bretelle d'autoroute / échangeur
« Prends la bretelle pour la 20 Est. »
Embarquer
Monter (en voiture)
« Embarque, je te dépose ! »
Au Québec, on ne « prend pas de l'essence », on « met du gaz ». Et quand quelqu'un te dit de tourner « à la lumière », il parle du feu de circulation. Logique une fois que tu le sais.
La météo et les saisons
Le Québec vit au rythme de ses saisons extrêmes. Pas étonnant que le vocabulaire météo soit riche et imagé.
Frette
Très froid / glacial
« Il fait frette en tabarnouche ! » = Il fait un froid terrible
La poudrerie
La neige soufflée par le vent
Quand le vent soulève la neige au sol et réduit la visibilité
La sloche (ou slush)
La neige fondue / gadoue
La bouillie grise sur les trottoirs au printemps
Les mouches noires
Les moucherons piqueurs
Fléau de mai à juillet. Piqûres douloureuses. Prévois du chasse-moustiques
Les maringouins
Les moustiques
« Les maringouins sont terribles ce soir. »
La canicule
La canicule (mais dès 30 °C)
Au Québec, 30 °C est considéré caniculaire. L'humidité rend la chaleur étouffante
L'été des Indiens
L'été indien
Redoux en octobre avec couleurs d'automne spectaculaires
Le mot « frette » est le premier mot québécois que tu apprendras si tu visites en hiver. Quand il fait -25 °C à Montréal en janvier, « froid » ne suffit pas. Il fait frette.
Et si un Québécois te dit qu'il y a de la « poudrerie », ne prends pas la route. C'est une tempête de neige au sol qui réduit la visibilité à quelques mètres.
Les expressions colorées à connaître
Le québécois brille par ses expressions imagées. En voici 10 que tu entendras régulièrement — et qui te feront sourire.
Avoir du fun
S'amuser / passer un bon moment
« On a eu ben du fun à Québec ! »
Être tanné(e)
En avoir marre / être fatigué de
« Je suis tanné de la pluie. »
Pantoute
Pas du tout
« T'es fatigué ? — Pantoute ! »
Niaiseux / niaiseuse
Idiot / bête (souvent affectueux)
« Arrête de faire le niaiseux ! » (entre amis, c'est tendre)
Gosser
Agacer / énerver
« Arrête de me gosser ! » Attention : « gosse » = testicule au Québec, pas enfant
C'est écoeurant
C'est incroyable / génial (positif !)
« Ce coucher de soleil est écoeurant ! »
Être dans le jus
Être débordé / très occupé
« Désolé, je suis dans le jus au travail. »
Tomber en amour
Tomber amoureux
« Je suis tombé en amour avec la Gaspésie. »
C'est de valeur
C'est dommage
« Il pleut pour ta rando ? C'est de valeur. »
Se tirer une bûche
Prendre une chaise / s'asseoir
« Tire-toi une bûche, on va jaser. »
Attention aux « sacres ». Les jurons québécois viennent du vocabulaire religieux catholique : tabarnac, câlice, crisse, ostie. Ce sont des gros mots au Québec. « Tabarnouche », « câline » ou « ostifie » sont les versions adoucies, acceptables en public. N'utilise jamais les versions originales avec des inconnus.
Le piège « gosse » : en France, une gosse = une enfant. Au Québec, une gosse = un testicule. Ne dis jamais « elle a de belles gosses » en parlant des enfants de quelqu'un. Le malaise sera immédiat et mémorable.
Et si quelqu'un te dit que c'est « écoeurant », réjouis-toi. Au Québec, c'est un compliment. Ça veut dire que c'est incroyablement bon ou beau.
Prépare ton voyage au Québec
Avec ces 50 expressions, tu comprendras la majorité des conversations du quotidien au Québec. Les Québécois apprécient les visiteurs qui font l'effort de comprendre leur culture. Utilise une ou deux expressions locales et tu verras des sourires partout.
Pour préparer le reste de ton voyage, consulte nos autres guides pratiques sur le Canada.
FAQ : français québécois
Les Québécois comprennent-ils le français de France ?
Oui, parfaitement. Les Québécois sont exposés au français de France via les médias, les films et le tourisme. Ils te comprendront sans problème. En revanche, toi, tu auras peut-être du mal à les comprendre au début. L'accent et le vocabulaire demandent 2-3 jours d'adaptation. N'hésite pas à demander de répéter.
Pourquoi les Québécois disent « déjeuner » pour le petit-déjeuner ?
C'est un héritage du français ancien. En France aussi, on disait « déjeuner » pour le premier repas de la journée (dé-jeûner = rompre le jeûne de la nuit). Le français de France a changé l'usage au fil du temps, pas le Québec. Au Québec : déjeuner = matin, dîner = midi, souper = soir.
C'est quoi un « sacre » au Québec ?
Les sacres sont les jurons québécois. Ils viennent du vocabulaire religieux catholique : tabarnac (tabernacle), câlice (calice), crisse (Christ), ostie (hostie). Ce sont des gros mots au Québec. Leurs versions adoucies (tabarnouche, câline, ostifie) sont acceptables en public. L'Office québécois de la langue française documente ces particularités linguistiques.
Pourquoi ne faut-il pas dire « gosse » au Québec ?
En France, « gosse » = un enfant. Au Québec, « gosse » = un testicule. L'expression « tes gosses sont mignons » provoquera un silence gêné. Pour parler d'enfants au Québec, dis « les enfants » ou « les petits ».
Faut-il parler anglais ou français au Québec ?
Parle français. Le Québec est fièrement francophone. Le français est la seule langue officielle de la province. Les Québécois apprécient énormément que les touristes s'adressent à eux en français. L'anglais fonctionne à Montréal, mais dans le reste de la province, le français est essentiel — et toujours bienvenu.
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